L’ECOLE MALIENNE : FAUT-IL REFORMER OU REFONDER ? Par Bocar Moussa DIARRA, Officier de l’Ordre National du Mali, Ancien Ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (2012)

Je suis un pur produit de la Reforme de 1962 du Président Modibo Keita. En 2012, ministre en pleine guerre et en pleine Transition, ma mission n’était pas de réformer mais de conserver l’Institution Ecole : éviter l’année blanche, payer les enseignants déplacés de Gao, Tombouctou et Kidal, délocaliser les examens. Car on reconquiert un territoire en quelques mois, mais on met vingt ans à reconstruire une école perdue. Garder une école ouverte à Niafounké était un acte de résistance républicaine. Or depuis 1990, nous n’avons fait que réformer, PRODEC et curriculums, des pansements sur un corps malade, avec plus de 1.700 écoles fermées aujourd’hui. Les Etats Généraux de 2023-2024 ont eu le courage de dire le vrai mot : il faut REFONDER, pas reformer. Refonder, c’est revenir à l’esprit de 1962 en le dépassant. C’est pourquoi je propose 6 axes : 1) La finalité : former comme le RDA voulait « le Malien nouveau », un Malien enraciné et panafricain, fier des Empires du Mali et de Soundiata, rempart contre la radicalisation. 2) Les langues nationales : apprendre à penser d’abord en Bamanankan, Fulfulde, Songhoy, Tamasheq, le français comme langue d’ouverture, coeur de mon combat pour l’Alphabétisation. 3) L’enseignant : l’école de 1962 était grande par ses maîtres, il faut restaurer la dignité enseignante par les écoles normales, statut, logement et carrière digne. 4) Le contenu utile : 50% de fondamentaux et 50% de savoirs productifs, agriculture, énergie solaire, numérique, artisanat, pour ne plus produire des chômeurs diplômés. 5) La gouvernance communautaire : revenir à l’école gérée par villages et communes, financée et contrôlée par l’Etat, et assainir le privé anarchique. 6) La résilience et l’inclusion : inventer l’école qui marche en temps de crise via Éducation Sans Délai, écoles mobiles, radio éducative, cantines et internats filles, programme qui vise aujourd’hui 200.000 enfants de Gao, Kidal, Mopti avec 22 millions de dollars.
En conclusion, je reste convaincu que la ressource humaine de qualité est vraiment la vraie et première richesse d’un pays. Cette ressource se fait en grande partie à l’école. Une école résiliente malgré toutes les difficultés est le gage de la victoire sur l’obscurantisme, la sève du patriotisme et la condition du progrès. En 1962, le Mali n’avait rien, mais il avait une vision de son Ecole. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de diagnostics, mais il nous manque cette vision. C’est elle qu’il faut refonder.
Bocar Moussa DIARRA
Officier de l’Ordre National du Mali
Bamako, le 3 Octobre 2026
